Tuesday, February 08, 2011

De Régine Seidel (extrait de T-B 70)

Complainte de l'ouvrier

Sur le bord de mon audace rôde ma native crédulité toujours en brèche d'espérance et j'écris ce que je veux en toute liberté. J'écris pour ne pas crier, j'écris pour ne pas chanter, j'écris pour ne pas pleurer. C'est selon ?

Poids de l'interdit venu de l'enfance jamais perdue. Ainsi on ne m'entend pas, on m'oublie. Est-ce que j'existe ?

Sur le bord de ma vie s'évanouissent comme champignons vénéneux, ou pas, des doigts d'honneur à l'adresse d'improbables imposteurs et je ferme les yeux, serre les poings pour ne pas maudire, pour ne dire mots de tous ces maux dont souffrent tous ceux comme moi et ainsi on m'oublie, on nous nie. Est-ce que vraiment j'existe ?


Et pourtant de mes mains, de nos mains, chaque jour, sortent des produits qui valent or et argent, pour d'autres que moi. Sans moi et mes potes tout cela n'existerait pas ! J'en crève, ils en crèvent, on se consume tandis que les nantis consomment sans savoir, sans vouloir savoir, niant nos peines, la valeur de notre labeur. Pour eux, est-ce que j'existe ?


Un jour, je vais crier, je vais chanter, je vais pleurer. On m'entendra. Avec tous mes potes on fera un tel fracas qu'ils ne comprendront pas. Vite nous serons chassés, réprimés, enfermés. Définitivement, je disparaîtrai, sera remplacé comme pièce de machine à broyer. On aura existé le temps d'une mêlée, le temps d'un entrefilet.


Sans identité, dans la rue, sur les quais, sous les ponts, je mourrai. Aurai-je vraiment 
existé ?

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins