Sunday, April 01, 2018

Traction-brabant 40

Comme ma femme venait de fêter son anniversaire en invitant ses amis, les gens n’ayant pas hésité à faire le déplacement de toute la région, je décidai de l’imiter pour mon anniversaire, étant atteint d’un chiffre rond que la pudeur m’empêche de vous révéler.
Connaissant nombre d’auteurs dans le coin, je veux dire par là de gens qui écrivent et même d’artistes en tous genres, je trouvai l’initiative originale, d’autant plus que la soirée pourrait être agrémentée d’intéressantes lectures et surtout de rencontres entre personnes non conformistes.
Nous prévîmes donc un repas suivi d’une soirée musicale et dansante, contents de pouvoir renouveler la fête, et envoyâmes promptement les invitations aux dits auteurs artoschtes.
Hélas, très vite, d’insurmontables difficultés apparurent, assorties de questions insondables qui ne nous avaient jamais été posées, ce qui ne manqua pas d’ébranler ma confiance déjà chancelante en l’espèce humaine en général, et en particulier lorsqu’elle se pique de pensées élevées.
A avait paumé l’invitation et me demanda par écrit de lui répéter ce que j’avais écrit plusieurs mois auparavant : je n’eus jamais de ses nouvelles ensuite.
B ne voyait pas où était situé le lieu de notre rencontre et je dus lui servir de GPS, ce qui n’eut pas pour effet de lui faire trouver le chemin.
C serait bien venu s’il n’avait perdu sa troisième grand-mère depuis que nous nous connaissions virtuellement.
D avait des épreuves urgentes à corriger pour la publication de son quatrième livre de l’année.
E avait le mal des transports et ne savait pas conduire. Plus précisément, il tombait en syncope dès qu’il prenait le train. Je me gardai donc de lui demander ce qui lui arriverait s’il prenait l’avion.
F aurait volontiers fait le déplacement jusqu’au moment où il apprit que le repas n’était pas strictement végétarien.
G n’aimait que la musique dodécaphonique de l’école viennoise.
H allait partir en Inde, atteint d’une crise mystique impromptue.
Bref, pour ne pas nous retrouver seuls à seuls avec le DJ, ma femme et moi, nous invitâmes par Internet quelques inconnus, en exigeant d’eux qu’ils n’écrivent pas ni ne se livrent à de quelconques activités artistiques.
Et là, nous fîmes salle comble. L’amitié, n’était-ce pas pourtant se faire plaisir en étant présent pour les autres ?



P.M.

2 comments:

Marie said...

Tout simplement j'adore !!!!

Anonymous said...


Petit texte burlesque tout en étant bien représentatif de notre époque et de notre environnement
J'ai beaucoup ri à la lecture :))
j'ai bien aimé, ce qui pour moi, représente de l'originalité; le passage de A B C etc.
et puis la solution finale bien sûre :))

Un truc à ne pas faire :)) :)) :))
Rassembler dans un espace restreint 2 clans en pensant qu'ils vont bien s'entendre :))
C'est idem que si on rassemblait les supporters de 2 équipes de foot ennemis :))
Mais bon! pour le savoir, fallait faire la "bourde" au moins une fois :)):)) :))
La seconde fois, nous avions appris à gérer :)) :)) :))

"les gens n’ayant pas hésité à faire le déplacement de toute la région,"
Concernant cette formulation, me suis dit :))
-waoouuh ! costauds les amis de sa femme ! ils ont déplacé toute une région :)) :)) :))


Bref ! nouvelle pétillante :))

ENCORE :)) :)) :))

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins