Monday, December 31, 2018

Traction-brabant 29

Je n’ai jamais ressenti le besoin d‘expliquer aux nouveaux lecteurs de Traction-brabant plus que quelques détails qui pourraient leur paraître inexplicables de prime abord : l’origine du titre, l’énumération de l’intérieur de la couverture, les « A dit ». Mais à part ça, je trouve que les poèmes se suffisent à eux-mêmes. Il n’y a rien d’autre ici que des flashes, en un même flux appartenant à chacun de leurs auteurs et qui s’entrecroisent sur ce lieu de papier comme feuilles mortes aux couleurs parfois chatoyantes et refont le paysage d’une bande dessinée à chaque fois repris(é)e comme une vieille chaussette. A l’opposé, dans une véritable revue, il est demandé à ses concepteurs bien davantage, par exemple de mettre en place tous ces dispositifs qui font semblant d’expliquer l’inexplicable, en cantonnant les poèmes à un thème, en les rangeant dans une certaine partie de la revue et pas dans une autre, bref, en en faisant des petits soldats de l’armée régulière. Pour ma part, je préfère me plonger directement dans les écritures, au risque de m’y perdre. Alors, si vous avez absolument besoin d‘avoir des précisions sur le pourquoi du comment, j’en profite pour lancer un avis de recherche à l’adresse du chroniqueur qui m’expliquera plutôt comment fonctionne le monde scientifique réaliste économique, et qui décortiquera ce moteur là. Pour le reste je n’ai guère besoin d’abîmer les sensations, de restreindre l’imagination ou de limiter la liberté d’écrire par des analyses. Voilà qui me paraît inutile, sauf s’il s’agit de promouvoir un texte avec des mots simples (ne rigolez pas). Car il n’y a ici que des gens qui se réunissent animés par une même volonté de résistance et de compréhension. Si vous voulez en savoir plus sur les poètes, soulevez l’étiquette de leurs noms. Contactez-les. Nous ne sommes ni au supermarché ni au musée ici. Sinon, je crois aux vertus des trous de ver. Les commentaires vraiment littéraires ne nous permettent jamais de nous en sortir et si nous n’avons besoin que de cela, c‘est que notre situation matérielle est plutôt enviable. L’intuition accouplée à l’amour devrait être plus efficace pour trouver des solutions aux vrais défis qui zèbrent notre vie en nous permettant de traverser plusieurs mondes étranges et étrangers, tour à tour effrayants ou désirables. 
P.M.

Numéro 75 de Traction-brabant


Le numéro 75 de Traction-brabant est vendu au prix de 2,40 €.
Pour plus de précisions, contact association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

A plusieurs dans une traction


Lithoral de Régis Nivelle

Le site de Régis Nivelle intitulé "Lithoral", en plus de présenter ses publications, nous met en lien avec plusieurs sites photos et relate certaines des lectures de l'auteur. 
Ainsi, sous son aspect épuré, "Lithoral" montre que les goûts de Régis Nivelle vont aux textes qui ne sont pas ordinaires, notamment ceux publiés par les Caméras Animales. Et j'apprécie ce goût pour des écritures qui ne sont pas forcément classiques ou courantes...
L'entrée est ici.

De Raymond Delattre (extrait de T-B 70)

Sept ans de malheur

La constellation de l'éléphant n'est jamais visible à l’œil nu. Il ne s'y trouve pas âme qui vive. Elle ressemble à la page blanche, le plus beau des poèmes, celui qui ne comporte pas un mot de trop !


L'oxygène fait défaut sur les astres lointains. Il commence à se raréfier sur la Terre aussi : bientôt tout le monde devra porter un masque à gaz pour pouvoir survivre !


Un chanteur plutôt naïf voulait célébrer les merveilles du monde actuel, mais, contre toute attente, l'écho de ses lamentations arracherait des larmes aux rochers les plus durs... ; c'est pourquoi plus personne ne veut l'écouter ! Il s'en est trouvé ruiné mais ne s'en plaint pas trop, puisque les princes eux-mêmes n'ont pas besoin d'argent ! Néanmoins il n'a pas encore bu la lie de tous ses déboires ! Il encourt de graves ennuis avec la police parce qu'il a consulté sur le Net un spécialiste des nains de jardin.


Depuis que tout tourne mal pour lui, les rues de son village ont bien changé ! Il n'y a plus d'artisans à la rue des artisans, il n'y a plus d'usines à la rue des usines, il n'y a plus de moulin à la rue du vieux moulin, il n'y a plus de putains à la rue de la joie, il n'y a plus de poètes à la rue E. Verhaeren !


C'est près d'un cloaque plein de flaques opaques qu'il s'est à présent retiré dans une infâme baraque en bois dont les murs craquent à chaque claque du borée par trop souvent d'attaque ! Ça se trouve à proximité de l'endroit où l'autoroute coupe en deux le petit bois, non loin de la boutique de chapeaux pour les gens sans caboche !


On croyait que le seuil avait déjà été atteint, mais il constate encore une augmentation du sale air dans les environs !

Son amie l'a plaquée sèchement depuis qu'il n'est plus rien. Leur idylle semblait pourtant une belle flamme qui brille pour l'éternité au fond d'un vase de cristal ! Ils avaient fait leurs grands accords pendant leurs fiançailles mais depuis qu'ils sont allés au curé, il y a eu une mouche dans l'horloge de leur ménage ! Pourtant cet amant délaissé peut s'exclamer comme Sardanapale : "Ils sont à moi, tous mes festins, tous mes débordements, et toutes les délices que l'amour m'a fait goûter !"

Hélas ! Sa belle ne faisait grand cas de lui que parce qu'elle chérissait, par-dessus tout, son argent !


En ces circonstances, les couplets et les ris sont absents de son humble demeure, seuls les corbeaux et les loups chantent leur mélancolie dans le voisinage ! Il n'ouvre plus la porte à ses anciens amis, il ne veut plus prêter une oreille complaisante aux faiseurs de ritournelles !


Il reste enfermé seul chez lui pendant des mois entiers, ne recevant de visite, dans sa cour herbeuse, que d'un vieil hérisson peu expressif ! Mais en de rares occasions, lors de guindailles namuroises particulièrement endiablées, il se vante encore d'avoir bon et d'être « bien aise » sur sa petite planète (quoiqu'il sache parfaitement qu'on n'a jamais que le bien qu’on se fait !)

J'aime les bâtons de Patrice VIGUES

Malta compil : 2012 (avec Windows media player)

Comme l'année 2012 est désormais finie et bien finie, j'ajoute à la Malta Compil un texte écrit cette année là. La musique qui l'accompagne est "Le cauchemar" de Miss Hélium, importée via Dogmazic (site de libre partage de musique).

Vous pouvez entendre ce poème lu par ici.

En voici le texte :

Ami tu m’as demandé par lettre suspendue dans les airs si je pouvais être pour toi cet arrosoir irriguant des plaies bien tranchées. Soudain il n’y eut plus que toi et moi alors que j’aurais préféré monter à plusieurs sur la plate-forme d’un tête à tête. Au fait comment cela se passait-il avant lorsque nous vivions à peu d’ailes d’oiseaux l’un de l’autre ? J’ignore si le mystère en se déplaçant venait gratter comme un fantôme au pied de nos intimités ou si c’était un grand méchant loup résorbé par les marées quotidiennes. Puis les lettres de cette lettre se sont effacées. Je ne sais plus qui tu es je ne sais plus qui nous étions si nous nous nous traînions dans une oasis à peine calamiteuse. Cela m’étonnerait d’ailleurs. Il y a plein de vides entre ces mots. Il y a plein de vies et quelques faux trésors à ramener chez toi la queue basse et le crépuscule est toujours pour nous ce même raton laveur

Si nous nous croisions sur un morceau de trottoir
Il n’y aurait personne pour claquer notre battoir

De Bruno Toméra (extrait de T-B 9)

Polaroïd de vacances

Le soleil dessine des auréoles
Sur les lunettes couleur de nuit,
La chair brûlée et grasse
S’expose devant les visages sans yeux,
Les clones se mirent dans la même glace,
La terrasse étale le bruit de ses couverts
Dans l’avidité des ventres ouverts.
Les comptes satisfaits, de leurs doigts poisseux
Décortiquent des carapaces,
Sirotent une quelconque vinasse
Qu’ils imaginent nectar,
Fiers rusés renards
Leur langage en de ternes économies
Se glorifient de plates affaires
Et de rassurantes philosophies,
10 Euros de rabais à « Pigeon Partenaire »
15 sur une brinquebalante cuisine garantie,
le néant est une somme de petits prix.
Les hommes découpent les jupes de passage
Les femmes s’essoufflent à n’avoir plus d’âge
Les hommes rêvent les femmes de leurs amis
Les femmes se rêvent d’autres nuits.
Puis ils promènent leur esprit repu
Sur le sable qui les maudit,
Une pensée fluette vite interrompue
Leur fait espérer qu’ils ont côtoyé un autre éden,
Parés pour défiler de l’ennui aux ennuis
Dans une année nouvelle où blanchissent leurs membres,
Accepter l’enfer ne leur est plus une gêne ,
Pendant ce temps là l’océan attend septembre
Et pleure des débris

Traction-brabant 56

Maintes et maintes fois, on m’a reproché et on me reproche encore la noirceur de mes poèmes. C’est vrai qu’ils sont noirs, mais beaucoup moins qu’autrefois. Peut-être qu’un climat plus tempéré, collant mieux à la réalité des choses, agit-il.
Cependant, il me semble toujours essentiel de défendre la noirceur de certains textes, y compris ceux écrits par d’autres poètes.
Voyons plutôt comment se comportent les pros de l’écriture, dont l’importance dans la littérature n’est plus contestée :
- Le livre de Job : « Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de la mère ? Pourquoi n’ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ? » ;
- Shakespeare : « Tu serais mieux dans ton tombeau qu’ici le corps en butte à toutes les violences du ciel » (Le Roi Lear) ;
- Rimbaud : « Le travail humain ! C’est l’explosion qui éclaire mon abîme de temps en temps »  (Une saison en enfer) ;
- Antonin Artaud : « Je crois qu’il y a toujours quelqu’un d’autre à la minute de la mort extrême pour vous dépouiller de notre propre vie » (Van Gogh ou le suicidé de la société) ;
- Louis-Ferdinand Céline : « La merde a de l’avenir. Vous verrez qu’un jour on en fera des discours » (Voyage au bout de la nuit ?);
- Sarah Kane : « C’est la peur qui m’éloigne des rails. Je prie simplement pour que la mort soit bien le putain de terminus » (4.48 Psychose).
Pas très réjouissant tout ça n’est-ce pas ? Pour trouver de l’optimisme là-dedans, levez-vous de bonne heure ! Et encore, le manque de place m’interdit d’en citer davantage.
Alors, pourquoi cela semble t-il poser problème, quand Malta et ses potes donnent dans le sombre ? Pourquoi devrions-nous amuser la galerie pendant que des pointures la font pleurer ? Je ne peux m’empêcher de constater qu’il y a là comme qui dirait un déni d’écriture. Quand vous passez un examen, vous en bavez. Quand vous faites du sport, vous êtes en sueur. Et les cancers, et les suicides, les licenciements, la pression familiale, c’est aussi la vie ça. Pourquoi la littérature et plus particulièrement la poésie devraient-elles jouer les folies bergères ?
Soyons clair. La poésie a aussi pour fonction de remuer la merde, pas seulement de donner des tapes amicales dans le dos des lecteurs, tout simplement parce qu’elle n’est pas faite que pour ça. Et puis, cela ne m’empêche pas d’aimer l’humour, qui peut être noir. D’ailleurs, lire des textes sombres, contre toute attente, finit par constituer une détente comme une autre.
                                                                                                                                               P.M.

De Cathy Garcia


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

De Johannes Gunzonic (extrait de T-B 70)


Il y a ce chien, le soir, qui fait savoir à tout le quartier qu’on le torture.


Il y a ces chats, la nuit, qui s’arrachent les yeux par amour (pas toujours).


Et début septembre, la foudre est tombée sur l’orphelin du premier rang – muet depuis ; et hier, une naissance heureuse.


Et la semaine dernière, au bout d’une très longue agonie, la mort de cette jeune femme silencieuse : ta sœur.


Et maintenant il y a ce gosse, cet adorable sale gosse, cette boucle brune sur mon épaule, qui préfère traîner et picoler que d’aller à l’école.


Et maintenant il pleut.


On se ressemble comme deux gouttes d'eau. Il a renié sa famille. J'avais fait la même chose à son âge.


Ses tibias sont couverts de plaies. Grosses mains d'homme déjà de paysan-mécanicien. Ongles noirs rongés jusqu’au sang. Il me regarde sortir du collège et traverser la rue de ses grands yeux bleus battus – longs cils, un peu d’acné sur sa face de veau kamikaze. Air craintif, très doux. Une taille de mi-lourd, à quatorze ans.


Son pouvoir de destruction, qu’en fera-t-il ? Avec son scooter installé en plein milieu du carrefour, quelle route choisira-t-il ? Contre quel mur blindé son fleuve personnel ira-t-il se jeter ?... – Pour le moment, casque rouge de « chevalier » à la main, short long, blouson Suzuki, Kévin attend sa dulcinée. Il fume un pétard, tranquille, sous la pluie.

Le blog de Jean-Marie Alfroy

Jean-Marie Alfroy, dans son tout nouveau blog sobrement intitulé de son nom, publie des chroniques sur des sujets divers, mais ayant toujours un rapport avec l'écriture.

L'occasion de parler de choses hélas déjà un peu perdues de vue, comme de "Les hommes de bonne volonté" de Jules Romains, des jardins et talus du Berry, ou de Paul Van Melle, directeur de la revue belge "Inédit nouveau", qui vient de décéder à l'âge de 91 ans.

L'occasion pour nous, lecteurs, de se sortir la tête de l'actualité immédiate, et qui sait, de nous donner d'autres idées de lecture...

Pour lire le blog de Jean-Marie Alfroy, il faut aller par ici.

Pour une fois le fils est gentil, c'est qu'il vient d'étudier des belles lettres : illustration de Henri Cachau


Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

De Florentine Rey (extrait de T-B 71)

Fantasmes

Secrétaire souple, infirmière à frange, rose-caissière, coiffeuse à bonnets, avocate mousseuse, collier de nageuse, tablier-volant, allume-hôtesse, passoire à ovaires, salade ménopausée, maîtresse à repasser, femme à laver, crème de bobonne, pomponne à épingle, sèche-servante, serveuse à spatule, assistante en soie, œil de jupe, cils de joie, tourne-danseuse, paupières en dentelles, cuisses autogonflantes, institutrice à dégraisser, sac de pleurnicheries, lessiveuse à talons, lingette-soignante, crème-cuisinière, grâce à cuire, poêle à fleurs, savonnette à fourrure, fesses émotives, foulard fidèle, patineuse autonettoyante, ballerine amincissante, cambrure à rallonges, glousse-cul, bikini en ricaneuse, asperge à dînette, actrice de bouquet, chevelure à traire, ménage menstruel, épile-string, pèse-chignon, bonbonne à hormones, hachoir à humeurs, collier de kilos, presse-ovules, tampons à plumes.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Thursday, October 04, 2018

De Marlène Tissot (extrait de T-B 24)

Deux garçons
Assis sur un muret
Ils ont chacun
Une cigarette dans une main
Et une bière dans l’autre
Ils doivent avoir quatorze ans
Peut être quinze
Et dans le regard
Pas la moindre
Lueur d’espoir

Thursday, September 27, 2018

Ils ont réparé l'oubli


Les complices de TraumFabrik ont enfin pensé au brabant double, le double araire de notre mécanique de cauchemar, comme ça, ça fait TraumTractionFabrikBrabant !

Tuesday, September 18, 2018

Traction-brabant 75

Elles sont pénibles ces leçons de morale. C'est vrai ! Y en a marre à la fin !
Alors que chacun fait bien ce qu'il lui plaît plaît. On va pas s'embêter avec des principes. La gauche et la droite c'est idem. La liberté des uns s'arrête où commence celle des autres. Depuis la nuit des temps, l'homme est un loup pour l'homme. La vérité n'existe pas, même pas chez les martiens qui n'existent pas non plus. Morts pour morts, n'importe comment, on passera pas à travers les gouttes. Et puis d'abord, vous faites ce que vous voulez. Je démens avoir donné des consignes de vie. On va pas commencer à se casser le cul avec rien. On préfère attendre que l'herbe pousse pour pas la couper. On est pas à l'armée ici. Vous donnez des ordres, et nous on vous écoutera pas. Sauve qui peut. Les enfants peut-être d'abord, si on est en forme. Sinon ça sera moi, enfin, vous, si vous avez le courage. En tout état de cause, foutus pour foutus, c'est du pareil au même. D'ailleurs, le ciel nous tombera pas sur la tête. Tu nous casses les pieds avec ça. On sait très bien ce qu'on a à faire qu'on fera pas. On est pas des gamins, depuis quand les adultes seraient pas responsables ? Il est interdit d'interdire. Il est déconseillé de conseiller. Il n'est pas recommandé de recommander. On va pas se mettre à parler de ce qu'on aime. On va pas commencer à être passionnés par quelque chose. On va pas se permettre de devenir intolérants, puisque l'on se fout de ce que vous faites. Au pire, vous pouviez nous le demander plus tôt, de nous en battre l’œil. On peut y arriver les doigts dans le nez. Du moment que notre liberté est respectée. Pour notre part, on préfère laisser couper la bite aux mouches. On mettra pas la charrue avant les bœufs. On mettra pas les bœufs. On sera très gentils pour pas vous aider. C'est mieux comme ça. De toute façon, vous auriez pas aimé qu'on prenne parti. Tandis que là, on est couverts. On est pas grillés. Tout le monde nous aime. Personne ne bouge sur la photo. On est bien morts et le public est content. T'as raison de le dire. C'était beaucoup mieux comme ça. Laisser pisser le grizzli. Tu l'as dit bouffi. J'y avais pas pensé. C'est vrai ce que tu m'as dit. Je vais pas le faire. Avec le sourire, inaugurer le surplace quand les images continuent d'avancer. Laisser plutôt tout comme ça a toujours été.
Et maintenant, que faire à la fin, parce que vous comprenez, on aimerait surtout pas vous déranger, nous ?… Éteindre les rideaux, tirer la lumière et mourir, Monsieur le président. Mourir ou... ne pas écrire.
C'était une page de publicité rep(r)osante, avant la reprise du programme inhabituel, hélas pour vous ! 
P.M.

Monday, September 10, 2018

De Laurent Bouisset (extrait de T-B 53)

Poème d’un autre

Peut-être bien que tout devrait crever, mais le souper du port apporte en pluie l’idée que tout pourrait durer encore un souffle. Sur ce presque rien de délai, le chemin de ce fil en mouvement vers son néant, enflent et se mêlent aux voiles les visages importants, les voix cassées des vieux qui savent et blaguent, et l’on sent que se désassemblent nos pores même. Craque et s’effrite en bouts ce texte que l’on ne parvient plus à recoller dans le bon sens. On a lutté pour semer direction sous une pluie vague. Traîné nos yeux-carrioles en vrac et ronds carrés des heures, hurlant qu’on ne voudrait plus croire à rien, c’est faux... et rire. Quand l’imminence aux mâts s’enroule d’une naissance distraite et floue qu’on ne situerait plus au creux des teintes... ou qu’on sent s’annoncer dans l’ombre en araignée paisible et seule, et déposant l’envie de rester replié ici des heures, à voir se projeter sur l’eau le démon du désir qu’on a d’en finir au plus vite. Alors que grasse et de la peau du cul raclant le noir épais et doux que l’on n’aurait plus l’envie forcément d’accoler à notre insomnie, l’envie redéboule grave et fait cow-boy que tout crève et s’éteigne ici enfin. Commencer par un gros carton des étoiles connes avancées par ce ciel gaufré et vide que l’on n’en finira jamais de malmener de nos yeux lourds, que l’on voudrait sur le champ déchirer de nos doigts morts, pour la raison pure et très bête qu’on n’a plus aucune raison de le voir, ni moins de raisons de le peindre ou pendre encore, ni même de porter nos vies plus loin, quand stock épuisé de sourires avant la lune avec le sucre... et la raison bien moins couillonne encore qui brûle et vrille et reprend fil au fond du noir en torche hilare que nous nous refusons d’un bloc uni, têtes cognées, pas réduites, frénétiques, à demeurer de ce purin de ciel un doigt de plus, et sans orgueil, la nuque basse en berne ou la mouche qu’il compisse.


Marseille, le 19 avril 2013

Sunday, September 02, 2018

Traction-brabant 26

Depuis que je m’intéresse à l’écriture, je me suis rendu compte d’une chose flagrante : les auteurs, revuistes, éditeurs ne savent pas écrire… de lettres. Oui, bien sûr, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés mais avouez que ça craint. Un auteur lauré, voire un éditeur qui n’est pas cap d’aligner deux mots l’un derrière l’autre sur une page… ça me paraît assez débile cette situation. Alors debout les morts ![1] Je n’irais certes pas jusqu’à prétendre que les poètes sont des autistes ou des misanthropes… ah non sûrement pas ! Faudrait surtout pas que je donne dans le mauvais esprit !
C’est pourquoi il est préférable d’en revenir aux bons vieux fondamentaux des familles (pour une fois !) : alors pour faire simple, c’est pas compliqué. Vous allumez votre écran ou vous prenez une feuille de papier, puis vous vous saisissez d’un crayon, vous savez, comme à l’école, ou vous gigotez votre souris, vous me suivez ? Ensuite, vous vous concentrez dix secondes et vous écrivez un mot sympa : j’en connais deux pas trop longs, à apprendre par cœur : « Bonjour » et « Merci ». Et pis vous vous entraînez tous les jours comme pour vider un verre de rouge ou courber l’échine pendant une journée de labeur : chronomètre en main, écrire « Bonjour » et « Merci » en sept secondes, c’est jouable. Et encore, en étant des bleus. Essenine, avant sa disparition, a utilisé le rouge sang. Mais bon, même sous perfusion, il y a sûrement moyen d’écrire avec le sérum du cœur.
Si vous objectez qu’il vous faut vous occuper de votre progéniture nombreuse, associez vos gosses : armez-les de crayons de couleur et entraînez-les à être humains : ils ne deviendront pas pour autant des aplatis du bulbe.
Enfin, finissez l’ouvrage par un clic de souris afin d’expédier le message ou alors imitez Lucky Luke : vous garez Johnny Jumper sous votre fenêtre et vous foncez vers la grosse boite jaune immobile à l’horizon.
Voilà de quoi soigner nombre d’états d’âme dépressifs. Mieux que ça, j’ai l’argument qui flingue : soyez vivants avant d’être morts : ça peut servir à vendre vos bouquins !
[2] Alors là, mon cynisme libéral est du meilleur aloi

P.M.
[1] Si vous n’êtes pas convaincus de la valeur des lettres, relisez celles de Van Gogh à son frère Théo…Moi, j’aimerais écrire comme ce peintre…[2] Pas autant que lorsqu’on est morts mais jusqu’à présent pas moyen de savoir si les élus sont au courant alors…

Saturday, August 25, 2018

De Fred Bonnet (extrait de T-B 74)

L’homme…

A Saindoune Ben Ali

L’homme courra nu au sein d’arbres morts
Le silence amplifiant le creux de ses pas
De bête perdue
Hurlante jusqu’au tréfonds du monde
Le mal qu’il aura fait
Sans en rendre compte
Si ce n’est à Dame Nature
Qui d’une branche basse
Le giflera
Et le mettra à Terre
Une bonne foi pour toute
Poussière… Sans Pâques
Ni rédemption
Sous le soleil brûlant
De l’extrême onction.

Fred Bonnet, le 9 avril 2017
Cloître de Nazareth, Nogent-le-Rotrou

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