Monday, December 31, 2018

Incipits finissants (56)

S’il y a quelque chose qui commence quand ça finit et vice-versa, c’est bien de l’écriture qu’il s’agit, enfin, du moins, en ce qui me concerne.
En effet, j’écris toujours pour dégonfler une baudruche qui, sitôt vidée, gonfle de nouveau pour être derechef aplatie, piquée avec une aiguille, afin d’en chasser tout le pus.
Cette histoire ressemble beaucoup à celle de Sisyphe remontant son rocher du fond du trou.
Ainsi, pour moi – et c’est une évidence naturelle – l’écriture trouve sa justification dans le fait qu’un problème est à résoudre, une injustice à dénoncer, un danger à affronter. D’ailleurs, cela ne m’empêche pas de vivre à peu près normalement.
Mon boulot est celui d’un scientifique qui aurait perdu toutes ses équations et dont les recherches, au mieux, l’amènent vers une autre solution que celle espérée au départ.
Il va sans dire que je n’écris pas pour faire plaisir aux lecteurs, ou pour constater que tout va bien. Dans ce cas là, j’ai mieux à faire !
Bien sûr, les problèmes à résoudre sont insolubles et leurs solutions, douteuses et douloureuses. Les thèmes sont du style : Comment dire ce que les gens refusent d’avouer ? Comment décrire un état paroxystique, de violence ou de perte de repères totale ? Comment survivre à une séparation ? Par quelle organisation sociale remplacer la famille ? Comment se mettre à la place des autres ? Comment vivre deux vies différentes en même temps ? Comment lutter contre le temps qui passe et la solitude ? Comment entrer en contact avec un disparu ?
Ne vous étonnez donc pas de la noirceur de mes textes et de ceux que je cite en référence. En plus, ce que le désespoir cache habilement, c’est une volonté farouche de combattre des forces qui nous dépassent. Et par un renversement des perspectives qui peut paraître surprenant aux yeux des profanes, une œuvre, voire une vie tragiques, constituent justement une victoire tant que dure la vie, et même au delà, parce qu’il y a combat. Au contraire, une vie plutôt lisse signe l’échec, la gaieté qui la traverse provenant surtout d’une absence de résistance au courant.
Et pourtant, je suis d’accord aussi pour affirmer : « Heureux les simples d’esprit ».
Par contre, si l’on a un cerveau, vaut mieux qu’il serve à croiser le fer. Les vraies joies, provisoires, existent à ce prix.   P.M.

Numéro 76 de Traction-brabant


Le numéro 76 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,40 €.

Pour plus de précisions, contact association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Capot de nez

Les sites de Jean-Jacques Nuel

Bon rendez-vous littéraire que l'annexe au site de Jean-Jacques Nuel : chroniques de revues, textes sur des auteurs "classiques" et surtout publications internet de textes personnels, téléchargeables directement...

Et en exclusivité, un site tout nouveau tout beau qui nait en 2013, il y a des textes, de l'audio et de la vidéo : cliquez ici pour en savoir plus...

De Clément Bollenot (extrait de T-B 76)

après la pluie
la poussière est toujours noire
sous le soleil
la poussière est toujours noire
au clair de lune
la poussière est toujours noire
sur les mains de l'enfant
la poussière est toujours noire
dans les cœurs
la poussière est toujours noire
à travers les bombes
la poussière est toujours noire
au-delà des falaises
la poussière est toujours noire
parmi le couloir des souvenirs
la poussière est toujours noire
rien ne bouge
maintenant
dans le coin de la pièce
la poussière est toujours là 

Enceint de Patrice VIGUES

Malta compil : 1994 (avec Windows media player)

Ce poème "Les réserves de l'épicière" est vraiment ancien. Je crois qu'il a été publié dans le numéro 91 de la revue Décharge.

Le voici avec moult effets à la gland : mais c'est décidé : je ferai pire la prochaine fois.

Le fond musical est de BOOSTIE : "Ok come with me M. Robot" (Dogmazic).
Le poème c'est :

"Il serait nouveau d'aimer une épicière
Rapide mais vaine
Comme un sursaut d'art
Il n'y a pas d'amour plus sale
Que celui d'un pot de chambre
Dans une flaque de riz
Petit à petit la tendresse
De l'ours en pagaille
Est ramassée
A ce prix l'amour est infidèle
Les rires d'une épicière
Saignent le couchant
Qui déploie sa dernière fantaisie
Sur un homme en bois"

De Catherine Savy (extrait de T-B 76)

Mon corps habite un terrier

Terreur de l’été,
l’animal a clos ses volets.
Rasée de près,
la chaleur mord,
mon territoire se resserre
la bête se terre
témoin d’un tourment
chaque été renouvelé.
Tessons plantés,
le mur a craché
la sale saison
des torses nus,
va-nu-pieds
nudité mal léchée…
Terne,
l’été ceinture l’année
d’une tenture couleur de prune
Et quand vient
la fraîcheur du soir
l’été mal aimé
suce ses plaies

Incipits finissants (74)

Rien ne sert d'écrire sur les défauts des soudures de la paroi métallique garantissant l’étanchéité du réacteur d'une centrale nucléaire. Rien ne sert d’écrire sur les programmes politiques des grands partis de gouvernement qui ne correspondent plus depuis trente-cinq ans aux attentes économiques des classes populaires. Rien ne sert d'écrire sur les processus de conceptualisation trop précoces dans l’enseignement des mathématiques en fin de classe de maternelle. Rien ne sert d'écrire sur le revenu universel qui rompt avec la vision paternaliste d'une société centrée sur la valeur travail. Rien ne sert d'écrire sur les effets de la pollution atmosphérique causée par les perturbateurs endocriniens sur la capacité des enfants à réguler leurs émotions. Rien ne sert d'écrire sur la zone de reconnaissance faciale sélective qui participe de la singulière relation du chien à son maître. Rien ne sert d'écrire sur les défauts des soudures de la paroi métallique garantissant l’étanchéité du réacteur. Rien ne sert d’écrire sur les programmes politiques des grands partis de gouvernement qui ne correspondent plus depuis trente-cinq ans aux attentes. Rien ne sert d'écrire sur les processus de conceptualisation trop précoces dans l’enseignement des mathématiques. Rien ne sert d'écrire sur le revenu universel qui rompt avec la vision paternaliste d'une société centrée sur la valeur. Rien ne sert d'écrire sur les effets de la pollution atmosphérique causée par les perturbateurs endocriniens sur la capacité des enfants. Rien ne sert d'écrire sur la zone de reconnaissance faciale. Rien ne sert d'écrire sur les défauts des soudures de la paroi. Rien ne sert d’écrire sur les programmes politiques des grands partis. Rien ne sert d'écrire sur les processus de conceptualisation trop précoces dans l’enseignement. Rien ne sert d'écrire sur le revenu universel qui rompt avec la vision paternaliste d'une société. Rien ne sert d'écrire sur les effets de la pollution atmosphérique causée par les perturbateurs endocriniens. Rien ne sert d'écrire sur la zone. Rien ne sert d'écrire sur les défauts des soudures. Rien ne sert d’écrire sur les programmes politiques. Rien ne sert d'écrire sur les processus de conceptualisation trop précoces. Rien ne sert d'écrire sur le revenu universel qui rompt avec la vision paternaliste. Rien ne sert d'écrire sur les effets de la pollution atmosphérique. Rien ne sert d'écrire sur les défauts. Rien ne sert d’écrire sur les programmes. Rien ne sert d'écrire sur les processus de conceptualisation. Rien ne sert d'écrire sur le revenu. Rien ne sert d'écrire sur les effets. Rien ne sert d'écrire.   
P.M.

Avec mon escabeau je trouve que c'est la marée noire dans l'eau ou zoomorphisme 3 (illustration de Jean-Louis Millet et titre de Malta)



De Charles Orlac (extrait de T-B 76)

Inventaire

Nouvel an : impossible bilan.
À tout hasard pourtant j’ai dressé l’inventaire
De tout ce que j’ai gardé en dépôt
De ce qui n’est qu’un désordre de plus
Un désordre nouveau :
Des frénésies pour crânes exigus

Des chevelures houleuses tranchées dans la soie

Des draps pliés parfumés, une averse dans l’armoire

Un billot de chêne maculé d’éclaboussures
D’aube sur des restes de nuit

Un escargot à la rue, expulsé
Des limaces coquettes essayant sa coquille

Des camelots, les lundis, sous le métro aérien

Des nuits incertaines mal refermées
Comme de vieux tiroirs sur des envies lubriques

Dans la ruelle étroite, pavés luisants,
Des réverbères amnésiques
Angelots vieillots, retraités du gardiennage

Des lèvres célébrant le calice l’autel
Des livres genèses des pires génocides

Des candélabres aux murs de manoirs délabrés

Des arbres, le tronc noir et la branche coupable,


Blanche à l’endroit de la corde nouée,
L’envers d’un décor bucolique, lynché

Des machines de guerres froides sanglantes
Avec dans leurs tambours toutes les voix petites
Le silence qu’on étrangle.

La réalité dispersée de Marc Guimo

Les blogs de Marc Guimo constituent un deux (blogs) en un (blog), que vous pouvez retrouver à partir de l'écran de cette télé.

Il y est question de "Réalité dispersée" et de "Poésie : plus personne ne la lit".

Avec de tels programmes, vous êtes voués aux "Dispersions" de l'auteur.

J'aime bien ces dispersions qui n'ont pas peur de s'approprier le langage urbain, économique, moderne pour tâcher d'en extraire un peu de poésie. Bien sûr que c'est possible...Car la poésie est peut-être là désormais : dans cette distance critique, avec ces mêmes mots qui nous tiennent à distance...

Le blog de Pascal Perrot

Il y en a qui causent droit et fort, et il arrive même qu'on y découvre des vérités insoupçonnées, pourtant si simples à dire, en apparence

"Shiki" de Cathy Garcia


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/

De Basile Rouchin (extrait de T-B 37)

Passage en caisse
Main de papa poule
Signe la facture :
On quitte magasins, cabines et caddies.

En chemin,
Le petit joue à la console,
Sa soeur allume son baladeur dernier cri,
Mes nouveaux dessous couvent des promesses...

Main de père tranquille
Rivée au volant,
Entame une manoeuvre.

Retour au foyer : Main de propriétaire
Nerveusement cherche ses clefs.

Claquement de portes.
Pater inhospitalier : tu te découvres.
Me mater ?

Pas le temps de me changer.
Main d'époux assure la distribution,
Saigne mon corps,
Code barre ma peau

Et j'encaisse par amour des marques

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Wednesday, November 21, 2018

D'Igor Quézel-Perron (extrait de T-B 73)

Emails

Perte d’érotique 


Disparue ce vêtement moulant, l’enveloppe, promesse que l’on décachetait comme on dégrafe une robe. Cette pudeur à se livrer enflammait l’imagination. Loin de cet érotisme, main au panier rapidement promise à la corbeille, le mail ne compte pas fleurette. L’excitation du retournement de ce fourreau pour découvrir le nom de l’émissaire, le temps que l’on mettait à vagabonder avant de consommer s’éteignent. Le mail, pornographe, ne remet pas à plus tard. Du texte, il livre la chair nue.

Perte de gestes et d’atours imposée par une dictature, dont la police chasse cette manifestation des émotions : la calligraphie. La texture et le maniement de l’enveloppe sont quant à elles mises à un index tapotant hystériquement sur le clavier.
Impossible de « refaire le trajet de la main qui a écrit »[1] le texte. Les hésitations et les imperfections sont cachées par cette chirurgie esthétique : retours en arrière dont rêveraient bien des peaux avachies, corrections orthographiques ou grammaticales, propositions de synonymes qui donnent à une pensée molle une convenance à peu de frais. La rature, histoire d’une émotion et d’une raison en marche, nécessitait bien du courage.

L’imaginaire n’a pour matériau que le nom de l’expéditeur et le sujet, permettant avant tout de savoir ce que l’on met à la poubelle. L’ancien lecteur est devenu éboueur.


[1]            Roland Barthes, L’empire des signes

Tuesday, November 13, 2018

Incipits finissants (76)

Étant un bon élève, j'ai appris qu'il vaut mieux être édité à compte d'éditeur plutôt qu'à compte d'auteur, voire, même, que de pratiquer l'auto-édition.
En effet, je ne suis pas sans savoir que dans une fausse édition, tous les frais sont pour ma pomme, y compris le salaire de l'éditeur. Alors que dans une vraie édition, je touche des droits d'auteur. Non ! J'rigole !
Étant bien élevé, je me disais donc, qu'à travers la publication d'une revue et de livres de poésie, je pouvais mettre en avant les textes d'autres personnes avant les miens.
Ainsi, je jonglais entre les identités d'auteur et d'éditeur, planquant l'auteur derrière l'éditeur.
C'était jusqu'au jour où, désirant participer à un salon du livre, il me fut répondu qu'il fallait que je sois Dieu l'auteur, et, en aucun cas, la petite main de l'éditeur. Ce qui ne me posait pas de problème, puisque, par chance, j'étais également édité par d'autres personnes.
Mais non, ce n'était pas la bonne méthode. Tout cela était trop compliqué. Je devais être auteur à n'importe quel prix. Même en auto-édition, même à compte d'auteur. La condition essentielle était que je sois du coin, car cela me permettrait de ne pas être absent, et surtout, de me déplacer sans frais, ou presque.
J'entends encore l’organisateur me dire : si vous vendez vos propres livres, c'est tout bénéf. Tandis que si vous êtes éditeur, vous allez vendre des textes de personnes qui ne sont pas là. Si ça se trouve, ces gens-là n'existent pas. Carrément nul ! Sinon, trouvez-moi un auteur à éditer qui vive dans un rayon de cinquante kilomètres.
- Tout de même, les textes de celles et ceux que j'édite ont un contenu. C'est pas n'importe quoi, enfin, je pense.
- Mais non, voyons, c'est votre gueule ou celle de votre auteur qui compte. Même pas connue, elle est mise à prix dans un salon. Vous êtes des singes dans leur cage qui valez de l'or. Encore que, dans votre cas, vos gueules sont juste cotées cinquante Euros par jour. Ce qui est toujours mieux que rien.
Depuis, étant passé de la déférence à l'expérience, j'ai fait éditer par un pote d'ici mes mémoires d'orang-outang, avant de pouvoir participer au festival des Rillettes de Lascaux. Et l'année prochaine, on inversera les rôles et les chaises, histoire de prouver que nos visages se vendent mieux que nos livres.           
P.M.

Monday, November 05, 2018

De Marine Ribaud (extrait de T-B 74)

J'aurais pu te dire que je t'aimais, c'était comme une rivière qui coule où elle va.
Un commun temps dans le temps commun.
Dire le monde un après-midi de dimanche lorsque la pluie se mélange aux hommes.
Et s'en aller.

Saturday, October 20, 2018

De Thierry Le Pennec (extrait de T-B 72)

jet lag

"j'écarte les jambes" fit-elle mais j'é-
jaculai beaucoup trop tôt poignard
                     en moi-même et ré-
                   veillé pleine nuit les voix
américaines en mon cerveau / fatigue
d'une moitié de planète en vingt-quatre heures
                                   – back home
en un chantier de salle de bains la pression française.


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