Monday, December 31, 2018

Traction-brabant 72

Ah les pseudos ! Pour les plus fidèles lecteurs de Traction-brabant, il en était déjà question dans l'édito du numéro 44, en décembre 2011.
Depuis cette date, j'en vois de plus en plus fleurir parmi les auteurs, ce qui m'a amené à revoir en partie mon jugement sur cette pratique.
En effet, avec le recours massif à Internet et tout particulièrement aux réseaux sociaux, type Facebook, l'utilisation d'un pseudo, quand on fait circuler ses textes, me paraît davantage justifiée qu'autrefois.
Ainsi, la poésie, comme tout ce qui traîne sur la toile, peut faire partie des informations utilisées contre soi dans la sphère professionnelle.
Belle aubaine pour les employeurs (ou les collègues, les élèves), afin d'essayer de mettre sur la touche un peu plus de personnes, « à la tête du client ».
Peut-être suis-je paranoïaque, mais la validité ou l'invalidité du prétexte n'est pas en cause, seulement son existence trop facile à exploiter.
Bien sûr, je déplore cette situation et comprends ce besoin de se protéger pour survivre dans la jungle de l'hypocrisie, qui trouve là un nouveau terrain de jeu...
Par contre, ma position ne varie pas d'un iota quant à l'émergence de pseudos seulement justifiés par des caprices d'artiste, hors de toute contrainte.
Attention, il n'est pas question ici de ceux qui s’intègrent dans la réalisation d'une œuvre collective, à dominante potache. L'exemple classique est celui de l'Album Zutique, auquel a notamment participé Albert Mérat (Arthur Rimbaud).
Non, ces pseudos-là sont marrants, puisqu’ils relativisent le sérieux de la démarche.
Au contraire, lorsque les pseudos d'agrément sont mis au service d'une œuvre personnelle, j'y vois là une façon d'augmenter le nombre de ses égos, alors qu'il me semblerait plus souhaitable pour la représentation de la poésie, de les éliminer jusqu'au dernier. C'est une façon pratique de séparer toute pratique artistique de sa vie réelle et ordinaire. Attitude peu humble (je suis certain d'être (re)connu sous mon patronyme, la charrue étant mise avant les bœufs !) et en même temps, frileuse, qui me déplaît. J'ose croire qu'une partie de notre marginalité vient du fait que l'on ne cherche pas à assumer sa poésie, notamment envers ses proches, même quand cela serait possible.
Bientôt, ne s'inventera-t-on pas des pseudos différents pour se brosser les dents et faire les commissions ?
Tout autant d'identités qui servent de cache-misère à notre réalité, à nous voiler la face plutôt qu'à essayer de vivre en toute simplicité, avec une seule identité, non dissimulée de poète et de pas poète à la fois...Vous me trouverez bien dur, sans doute... Tant pis...
P.M.

Numéro 71 de Traction-brabant


Le numéro 71 de "Traction-brabant" est vendu 2,40 €.
Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Les oreilles du diable


De Chloé Landriot (extrait de T-B 66)

Témoignage

Que la vie porte autant de joie
Bien sûr tu le savais déjà
Mais ce n’est pas pareil

Il y a cet arbre
Au jour naissant on dirait
Qu’il porte la lumière et qu’il éclaire
Doucement
D’un feu très doux
Ses bourgeons sont d’un or discret
Ses bourgeons sont de petites lumières
Comme des soies
Qui n’ont pas plus de poids dans l’air
Que le souffle qui l’entoure

Aux branches de cet arbre aimé par le levant
Il y a
Ce que la vie porte en elle et d’espoir et de joie
Il y a la beauté
Il y a le miracle
Il y a qui traverse ton corps
Perdu
Qui se rassemble sous le maillage du temps
L’amour

Et cet arbre au matin se tient dans la lumière
Sa présence est si dense
Que tes yeux ne suffisent
Ni ton corps tout entier
Ni ton cœur
Et tu cherches encor comment le saluer

A cet instant du jour qui n’appartient qu’à toi
Dans la ferveur muette et l’air frais du matin.

La réalité dispersée de Marc Guimo

Les blogs de Marc Guimo constituent un deux (blogs) en un (blog), que vous pouvez retrouver à partir de l'écran de cette télé.

Il y est question de "Réalité dispersée" et de "Poésie : plus personne ne la lit".

Avec de tels programmes, vous êtes voués aux "Dispersions" de l'auteur.

J'aime bien ces dispersions qui n'ont pas peur de s'approprier le langage urbain, économique, moderne pour tâcher d'en extraire un peu de poésie. Bien sûr que c'est possible...Car la poésie est peut-être là désormais : dans cette distance critique, avec ces mêmes mots qui nous tiennent à distance...

Un Iro coi de Patrice VIGUES


Malta compil : 1999 (avec Windows media player)

Le poème qui suit a été écrit en 1999, à une époque moins cool que les autres qui n'étaient déjà pas trop des masses cool :

Amour piégé vert


Elle me disait
Il n’y a pas assez d’espaces verts ici
Comme si la tendresse
Etait une flamme au carreau
Qui nous réveille
Et attire les fantômes

Viens du bon côté des arbres
Me disait-elle
La solitude amoureuse
Salue encore du pied de sa statue.

Sur un accompagnement musical de Walibi : "Lost in space" (via Dogmazic)

De Raymond Penblanc (extrait de T-B 52)

   Du berger à la bergère (un art poétique.)


Le Maître n’avait pas son pareil pour impressionner son auditoire. Il lui suffisait d’entonner la liste des disparus au champ d’honneur pour que chacun sente passer le souffle de l’épopée. « Nerval, orphelin de mère, mort pendu à 47 ans - Musset, orphelin de père, mort alcoolique à 47 ans - Baudelaire, orphelin de père, mort aphasique à 46 ans - Verlaine, orphelin de père, mort alcoolique à 52 ans - Rimbaud, orphelin de père, mort de la gangrène à 37 ans - Lautréamont, orphelin de père, mort de cause inconnue à 24 ans - Laforgue, orphelin de mère, mort phtisique à 27 ans - Corbière, phtisique et contrefait, mort à 30 ans, auxquels il n’oubliait pas d’ajouter, François de Montcorbier, dit Villon, orphelin de père, disparu à l’âge de 32 ans. »  Jusqu’à ce fameux soir où un petit homme qui ne payait pas de mine se leva tranquillement de sa chaise.

Tandis que le Maître finissait d’énoncer le sort funeste des 9 enfants des Muses, la voix à peine altérée par l’émotion le petit homme laissa tomber : « Dachau – Auschwitz – Ravensbrück – Buchenwald – Dora – Treblinka  – Stutthof – Sobibor – Mauthausen – Bergen-Belsen – 9 000 000 de morts. » Puis  il releva sa manche et chacun put voir son bras.

Traction-brabant 59

Certaines personnes me reprochent de ne jamais me reposer, de ne jamais m’arrêter de faire quelque chose. C’est vrai : quand je n’agis pas, c’est que je ronfle. Il m’arrive même d’avoir l’impression de me reposer, alors que je bouge encore…
Et pourtant, de ma part, c’est juste une façon d’appliquer les consignes.
Dans une société de consommation digne de ce nom, il ne faut jamais s’arrêter de faire quelque chose, car cela signifie acheter et donc permettre à quelques privilégiés de ne pas bosser (y compris au jardin, qui est pourtant un passe-temps naturel, je me suis payé une griffe pour aérer la terre après mes neurones).
De plus, quand on commence à dire de quelqu’un « qu’il repose en paix » ou « paix à son âme », c’est toujours mauvais signe pour ce quelqu’un.
Ainsi, je préfère ne pas appartenir avant terme à un club qui a déjà beaucoup d’inscrits d’office : avant l’heure, c’est pas l’heure...
En réalité, le manque de repos créée du bonheur, car il y a toujours quelque marmite sur le feu, qui exige que l’on s’occupe d’elle. Et s’occuper des autres, c’est leur faire plaisir, et aussi se faire plaisir par effet boomerang (sans aucun dégât matériel apparent, je vous rassure).
En ce qui concerne l’écriture -même combat- je me suis tu jusqu’à présent, sur le sujet par peur de la concurrence ! - mais cette fois-ci, le tabou est brisé : allez y, ne vous gênez pas, bossez à donf, créez vos propres revues, si possible en version papier, parce que sinon, c’est pas drôle. Et même pas bien présentées, comme la mienne !
« Et moi, et moi, et moi dans tout ça ? », ne tarderont pas à demander les hauteurs très poliment perchés sur leur ego de papier. Eh bien vous, non plus, ça ne vous ferait pas de mal de vous y mettre. D’ailleurs, à vous observer, peu vénérables hauteurs, je subodore que vous vous éclatez pas tant que ça, en pensant qu’à votre écriture. Y a même sûrement de quoi devenir dingue, à tourner dans sa cage, avec ses mots persos...
Si ne rien faire, voire, ne pas s’occuper des autres, rendait plus heureux tout le temps, je me reposerais peut-être. Hélas, la démonstration n’étant pas apportée, je persiste et signe.
Mon seul rêve serait juste de pouvoir ne jamais m’arrêter de faire ce que je veux et au rythme que je veux, mais ça, c’est une autre histoire…                                                                                                                                                 
                                                     P.M.

Image de Cathy Garcia

Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/
http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/
http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/


D'Olivier Bonhomme (extrait de T-B 67)

Le bouton de nacre

L'eau
Est tout en Terre de Feu
Lien lieu mémoire
Rien
Dans le désert d'Atacama
Sinon au bout des télescopes
Qui la détectent en peau de l'Univers

Raul Zurita
Poète au corps gravé
Des pires tourments
Dit que l'eau se souvient
De l'abus comme de la lumière
Que l'homme est un assassin
Qui associe la glace
A la mort et au massacre

L'eau a des raisons
Qu'ignorent le nacre et les boutons
Ses glaciers las d'attendre l'été
Craquent dans une musique d'étoiles
Où vivent les esprits

                        Kaweskar
                                               Selknam
                                                           Aoniker
                                                                       Hausch
                                                                                   Yamanas

todos pueblos desaparecidos


Documentaire de Patricio GUZMAN
28 octobre 2015

Le bel de mai de Frédéric Perrot

"Le bel de mai" est le blog récent de Frédéric Perrot.

On y trouve des poèmes, qui peuvent être aussi des traductions de chansons anglo-saxonnes, avec les liens Youtube qui permettent de les écouter.

Du coup, comme souvent dans les chansons, il y est beaucoup question des rapports entre hommes et femmes. Un sacré serpent de mer !

Homme/femme, c'est peut-être d'ailleurs cette dualité qui préside au jeu de mot "Le bel de mai".

Vous trouverez également dans ce blog quelques photos et illustrations, je pense à celles d'Eric Doussin, par exemple.

Si vous voulez parvenir au printemps avant de sortir de l'hiver, c'est par ici.

Nus 4 : illustration de Henri Cachau

Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

Sunday, February 25, 2018

Journal pour goudron, grumes, voix de Jean-Baptiste Happe

Le blog de Jean-Baptiste Happe est idéal pour réviser son code de la route. Au début, avec la première image en mouvement, j'avais cru à un go fast. Mais non, je vous rassure, ça serait plutôt un go slow...

Il faut d'abord que je vous explique. Chacun des poèmes qui compose ce journal peut se lire à voix silencieuse. Mais vous pouvez également l''entendre lu par l'auteur ou par une tierce personne.

L'image qui accompagne cette lecture est celle d'une route (toujours la même, c'est le début de la balade) qui se déroule d'abord vite, puis lentement (et là, c'est la découverte d'une nouvelle route ou d'un nouveau chemin). Donc, il s'agit de scènes d'extérieur, sauf qu'en fin de compte, le poème nous renvoie vers l'intérieur. Donc, voilà l'idéal : prendre l'air en restant au dedans de soi...

Sinon, les textes ici présents ont quand même un penchant pour l'ironie, la dérision. C'est une chose qui me plait naturellement. Et il arrive que parfois, en fin de poème, on décolle carrément de la route (dans la tête)...

Pour en savoir plus sur ce "Journal pour goudron, grumes, voix" de Jean-Baptiste Happe, c'est ici le démarreur.

Friday, February 09, 2018

Homme de l'être de Jean-Yves Bourgain

Le blog de Jean-Yves Bourgain justifie son titre : "Homme de l'être". A travers les poèmes qui sont publiés ici, on lit comme le journal de son auteur, qui dans son écriture, cherche à coller à lui-même à l’instant T.

La photographie d'arrière-plan (une maison éclairée sur la plaine au soleil couchant), en rapport avec le titre, me semble jouer également le rôle d'une invitation à la vie intérieure.

C'est la quête poétique par excellence, que les poètes de métier finissent souvent par quitter pour montrer aux lecteurs leur éblouissante culture. C'est le passage de l'homme de l'être à l'homme de lettres !

Tandis que là, au moins, je sens que l'écriture n'est pas justifiée que par l'écriture.

A noter l'excellent texte en langage SMS daté du 13 janvier 2017 : "relat-l1-10ibl-e-lo2la-d-mo". 
Une autre version de l'écriture qui change la manière de lire aussi...

Pour pousser la porte de l'homme de l'être, c'est ici.


Thursday, February 01, 2018

Traction-brabant 4

Vite l’été se barre… Faut absolument montrer aux autres qu’on a voyagé. Pas très loin d’un transit par la Railway. 22 heures 5. 47 degrés de latitude Nord par 3 degrés de longitude Est. Neveurmore. Roulement des trains qui passent dans la Walpurgis Nacht. Dernier suicide connu. Individu de sexe travesti déchiqueté sur la voie 5 quai 12. 3 mois de ça m’a dit Mamy. En l’an 2012 de l’ère inconsidérable. 6 heures. Toujours en quête d’une âme humide. Vais pas pisser parmi les chiens à deux pattes. Là-haut pile de pont enjambe fleuve souverain. Le sifflet du contrôleur des fonds est synthétique. Rien que du sang sur le ciment. Du ketchup de Burgerking. What ? Me répète : The King is dead ? DJ’s Lénine mord la poussière. PCF aux volets clos. Mieux vaut être communard que communiste. Plus envie de boire. Mal au crâne de la veille. Déjà mordu le talus près des bagnoles de location à 23 heures 30. Par la lumière du hayon j’ai vu des cuisses Miko qui ne brillaient pas pour ma gueule de terre. Vite mes pilules de sodium. Ah ! Les gringos reprennent du poil de la bête. Crachent sur la mosaïque de César. Pissent dans la fontaine aux sesterces. Bâton Miko avec glace fondue. Graillon du cousin Syracuse ouvre ta cambuse. Envie comme ça d’un big grande frite. The hotel is closed. Marre. Si je tombe sur la face de Starsky qui me la joue Hercule je me fais hara-kiri du mat. Hey gringo ! T’aurais pas une cigarette ? 7 heures 30. Krys qui fait la vache derrière ses sunglasses s’agite près du fleuve noir. Décousu du jour. Bientôt les parasols sur la Plaza del nul. 8 heures. Des Max à gaz rappliquent. Contrôle d’identité. Marre de respirer le diesel de leasing. T’écrire dirty pretty. Pense à toi. Veut pas connaître la piste de goudron tendue sur City Formule one. Au couchant, soleil tombé sur wagons décatis. Attendre plutôt les touristicbusline avec leurs vieux qui jacassent. Trop drôles. Drinker des Jet 27 fumer les champs de Marlboror dos au parc. Ici, c’est Nevers, ma ville natale d’où j’ai jamais bougé et dans dix minutes, je défonce la porte du patio avant de m’endormir la tête dans le frigo de Miss S. P.M.

Wednesday, January 24, 2018

Le blog de Laurent Bouisset and co

Voici venir le blog de Laurent Bouisset et de ses comparses. Il s'agit pour moi d'un immense chantier à ciel ouvert dans lequel les choses sont remises à plat. Les choses ? Je veux dire les choses de la poésie. Ce qui me plait dans ce blog, c'est qu'il ne s'arrête pas à une présentation prédéfinie.

On y trouve les publications mises en ligne de Laurent Bouisset, mais également des photographies, des extraits d'autres textes (nouvelles, textes d'idées), des vidéos et lectures audio...des traductions de poètes latino-américains...

Oui, ce blog est habité par l'insatisfaction. Comme si cette poésie était de la lave de volcan. C'est l'image qui me vient. Elle peut se manifester sous n'importe quelle forme, charrier une tonne de déchets. Elle ne se satisfera jamais vraiment de la véracité permanente des théories de l'âge tranquille (l'adulte)...

Je me prends à espérer qu'un jour de semblables publications internet aboutiront à un renouveau de la poésie beaucoup publiée dans les livres papier d'aujourd'hui...La balle serait davantage remise au centre, au centre de quoi ? Au centre de la vie, pardi...

Tuesday, January 16, 2018

Traction-brabant 2

« Mon meilleur ami est mort / Juste trois balles dans le corps ».
Non, bien sûr, la vérité est plus complexe.
Au terme des quatorze entretiens qui composaient son chemin de croix, mon meilleur ami vient d’être embauché par la Centrale à Paris.

Un miracle à l’envers s’est produit
Lui qui buvait de l’eau du robinet
Maintenant parle un langage qui me nargue
Avec des diagrammes en bâtons courbes de niveaux
Auxquels je n’ai jamais rien compris
A la troisième sonnerie du portable je sais
Qu’il m’aura renié pour prendre rendez-vous
Armé d’une cravate d’un attaché-case
Il m’a dit qu’aujourd’hui les choses sérieuses
Avaient commencé et que les cols blancs allaient saigner
Et même en retard il arrivera d’abord
En dérapant avec son coupé bleu ciel offert
Par la secte qui l’a embauché pour
Bien occuper sa vie de réussites superstitieuses
Ca n’a rien de politique c’est
Une façon de voir les choses qui arrange
Tous les pouvoirs constitués de vieilles badernes avisées
Je remercie mon meilleur ami qui ce soir
M’a quitté pour rendre un dernier rapport
Avant de décoller avec une pute de luxe
Comme j’aurais préféré le savoir par hasard
Mort avec trois balles dans le corps sans honte
Pour une juste cause qui vaille cette existence.
Vous voyez ce que je veux dire ?

P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins