Monday, December 31, 2018

Incipits finissants (41)

Passer le Golfe du Mexique en canot longer la muraille de Chine traverser à pied la forêt noire... Demain soir, venez plutôt prendre l'apéro à la maison c'est ma tournée... Participer à une course d'orientation, organiser un triathlon, entraîner les jeunes au club de football... Vous savez pas, on vient d'avoir une idée géniale, on va s'inscrire avec les copains copines à l'émission un dîner presque parfait chacun apportera sa recette... Assister à un meeting d'athlétisme, aller à une soirée de musique gothique, tourner un court-métrage... Moi les oeufs, je les achète toujours à la ferme... Aller à un concert de musique classique, préparer la venue d'un groupe de rock, animer un fanzine... Eh ben didon, vous allez pas me croire, j'ai pas vu le temps passer, j'ai cuisiné toute la journée, bon diou, ça fatigue les quilles... Réciter des poèmes engagés, jouer d'un instrument de musique, faire de l'action painting... Moi, mes gâteaux c'est du pur beurre... Construire un château d'allumettes, écrire des poèmes, créer un musée contre la guerre... Une rondelle de saucisson et un verre de pinard, y a rien de meilleur sur l'coup des neuf heures... Etre pompier volontaire, devenir secouriste, assurer les permanences téléphoniques des alcooliques anonymes... Bon, c'est pas tout ça, mais auand est-ce qu'on va s'organiser notre grand restaurant ?... Défendre les consommateurs, attaquer en justice son syndic de copropriété, bosser aux Prudhommes... Moi, l'gigot d'agneau, pour qu'il soit bon, je le fais cuire deux heures au court-bouillon... Aider un enfant en difficulté à faire ses devoirs, apprendre le français à des personnes défavorisées, devenir bénévole aux Restos du coeur... Et pis on s'fra une ptite bouffe... ça fait longtemps qu'on n'en a pas fait une... Animer un blog de défense des salariés, être bénévole à Médecins sans Frontières, cultiver un jardin solidaire... Vous savez, c'est tellement bon, eh bien... on a tout mangé !... Créer une section syndicale, organiser un piquet de grève, rejoindre les camarades qui bloquent leur entreprise... Je parie que vous avez même pas ce que signifie le verbe émulsionner... Apporter à manger à un sans-abri, aider les réfugiés à faire reconnaître leurs droits, ramasser un SDF dans la rue... "Je suis le Roquefort ! / ça s'ra not'mort !.../ - Je suis le gruère / Et le brie !..."

Numéro 74 de Traction-brabant


Le numéro 74 de Traction-brabant est vendu 2,40 €.
Pour plus de précisions, contact association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

A poêle


Le site de Lionel Mazari

Le site de Lionel Mazari regroupe plusieurs de ses textes en accès libre et parfois audio ainsi que l'actualité de ses lectures du côté de Marseille...

De Fred Bonnet (extrait de T-B 74)

L’homme…

A Saindoune Ben Ali

L’homme courra nu au sein d’arbres morts
Le silence amplifiant le creux de ses pas
De bête perdue
Hurlante jusqu’au tréfonds du monde
Le mal qu’il aura fait
Sans en rendre compte
Si ce n’est à Dame Nature
Qui d’une branche basse
Le giflera
Et le mettra à Terre
Une bonne foi pour toute
Poussière… Sans Pâques
Ni rédemption
Sous le soleil brûlant
De l’extrême onction.

Fred Bonnet, le 9 avril 2017
Cloître de Nazareth, Nogent-le-Rotrou

Un Iro coi de Patrice VIGUES


Malta compil : 1998 (avec Windows media player)

Bon voilà j'ai acheté un nouveau micro j'espère que ça ira mieux, enfin je sais pas, en tout cas avec "Ducon et dugland" et leur "Fick me when i'm sad", on va redémarrer sur des chapeaux de roue cette méga-compil...

Le texte, le voici :

"Petits humains à têtes d'allumettes
Bleues même

Ils viennent dans la nuit
Avec des paroles gonflables
Des conseils pratiques
A coincer dans l'armoire du linge plus blanc que blanc
Avec leurs langues arrachées à la tour de Babel

Monstres aux éclats de cygne
Ils vous font rêver à l'envers
Touchés coulés
Comme si dans votre sommeil
La mort pouvait blanchir"

De Jérôme Pergolesi (extrait de T-B 52)

Par les fenêtres


Un verre d'ombre et je suis
à des lieues du soleil une trace
en ellipse violette les petits points
de même couleur tout autour
percent le ciel sans limite - aveuglé


*


Par les fenêtres je lève mon ange
je lève la tête sans bouger de chez moi
à traverser mille kilomètres de langues
bleues - coquilles blanches vaporeuses
Je m'en vais verser nos pluies par delà
les corps de traîne - de ton côté


*

Collier de perce-neige lorsque j'arrive enfin
les mois sont des ébauches à préciser
une fois à terre - mille kilomètres à
se détacher des arbres et voir
les villes passer au gris


*

Lève la tête comme une année
puis referme en origami chaque fenêtre
un pli de bleu contre un autre de vent
étouffement relatif en lissant les recoins

la peau saigne en dedans et dehors
la nuit s'empêtre en creux

*

Les sons proviennent de bois
en accords laconiques et brûlent
pour chevaucher le noir on encolle
les cicatrices on les appelle des étoiles
mais elles ne répondent pas

*

Toujours à l'intérieur cette trace
comme une serre - tu t'en souviens peut-être
l'ellipse violette les petits points qui
percent le ciel sans limite

Traction-brabant 17

Encore une fois de plus nous échappera le cœur du problème. On a beau le savoir, on ne résiste pas assez contre ça. Contre ce fabuleux retour de l’Ordre Moral (O.M. comme Ordures ménagères).
Bien entendu, je ne vois guère d’homme politique qui ne vante la vertu parce qu’elle se range du bon côté du fric. La vertu est à la mode, elle est high-tech. Ne pas l’accueillir, c’est comme si après avoir abattu tous les murs, de Berlin et d’ailleurs, on ne construisait rien à la place. Dans le clan des débraillés dépourvus d’influence, il n’y a plus guère que le père Sade pour défendre le néant bienheureux.
Pourtant, sous nos aspects séducteurs, la modernité n’est pas moderne et la marginalité pas plus, qui demeure marginale.
Le problème essentiel est que nous voulons toujours être à peu près normaux. Nos modèles sont usagés et nous y tendons comme à la guerre. Tant que nous trouverons la consolation dans les fêtes calendaires, le retour des saisons et autres babioles, la parfaite sentimentalité familiale qui ne fait que des morts, l’échappatoire par le travail , nous n’aurons pas avancé d’un pas. Nous n’avons peut-être pas d’autre choix ou bien sommes-nous assez naïfs pour nous le figurer ?
Il est affligeant de voir les maîtres de ce monde entuber les masses, parce qu’elles sont trop sentimentales.
Ah ! La bonne vieille vertu ! Les certitudes se rapportent plus ou moins à la sainte vierge, aux liturgies catholique rigide, baba cool mollassonne, voire plus sûrement à la doxa des origines bienheureuses et sans cesse retrouvées. Mais tout ça c’est du pareil au même.
Faut vraiment retenir autre chose de l’existence, et surtout rien du tout, faute de mieux. Tel est le secret de la réussite absolue. Ne rien vouloir d’autre que la vérité sans les fleurs bleues qui l’accompagnent. Pousser les âmes au concret afin qu’elles perdent de vue les valeurs des voleurs.
De toute façon, nous nous perdrons encore et toujours par amour des ressemblances, des références. Nous sommes faits pour nous cloner, nous sommes destinés à y croire, bien que le vide bouche tous les trous.

P.M.

Ici quand le Yeti laisse tomber son pot de peinture c'est signe que ça va chier (illustration de Jean-Louis Millet et titre de Malta)



De Sébastien Maucotel (extrait de T-B 20)

Soleil western

Le western était là
Je l’ai vu derrière la rue
Il avance dans l’ombre
Le shérif arrive
Il a vu l’arnaque
« Je veux de l’argent, c’est vraiment bon »
Pourtant le soleil brille
Je veux du changement
Car je suis le shérif,
Le héros des temps modernes
Mon cheval est fou
La peur m’a fait tout voir
Les plaines et la vallée
Le soleil peut toujours frapper
J’aime la vie que je mène
La liberté m’incarne
J’ai vu l’ombre du soleil
Je crois que j’en suis tombé amoureux.

La revue Cabaret d'Alain Crozier

Alain Crozier vient de se lancer dans l'aventure, celle d'une revue papier. L'aventure est passionnante, là pour le coup, je sais de quoi je parle !
Deux numéros de Cabaret sont sortis et déjà plusieurs caractéristiques s'en dégagent. Le format poche de la revue, le fait surtout qu'elle publie plusieurs femmes et un seul homme (la rubrique Ecce homo) dans chaque numéro.
Il s'agit aussi d'une revue à thème : la poésie américaine dans le deuxième numéro, par exemple.
Si vous souhaitez en savoir plus, rendez-vous ici.

Image de Pierre Vella


De Roland Cornthwaite (extrait de T-B 54)

Je serais cette balle (extrait)

Je serais cette balle,
Saisie au vol,
Chemise d’acier,
Taille ajustée,
L’élégance aérodynamique.

Je serais cette balle,
La tension contenue dans l’élan,
Le projet, le tracé rectiligne,
La déchirure de l’air
Sur la ligne de mire.

Je serais cette balle,
Juste le poids,
Et juste la poussée,
Quelques grammes d’indifférence,
Juste une balle.

Je serais ce point,
Dix grammes de menace,
390 mètres à la seconde,
Je n’aurais pas d’affect
Hors cette poussée qui tend ma trajectoire.

Je serais les forces qui me guident,
La pointe de la pensée.
La déflagration de la charge sous le percuteur,
Là je suis née,
Libre du sertissage.

Je serais cette balle,
La pression de la phalange,
L’influx nerveux.
L’ordre donné,

L’ordre dicté,
Je serais l’obéissance.

Je ne tue pas,
Je suis la balle,
La pointe de la pensée dite en haut-lieu,
Dite hors les lieux, hors-champs, de mon chant,
Je ne tue pas,
Quelques grammes de plomb,
Dix grammes silencieux.

L’explosion m’a projeté,
Chargée du discours loin pensé,
Loin, calculs et bilans comptables,
Loin, bureaux sous pression,
Loin, les valeurs marchandes, les partages impossibles,
Les accrocs et déchirures du monde,
            pression des dictats de la rentabilité, dans l’urgence à remplir le tableau,
De voir la courbe grimper, grimper, grimper,
Escalader les sommets, sommets de papier-dollars,
Sommets de feu, paille des nations.

Là saisie dans l’élan de moi,
Rien,
Quelques grammes, quelques secondes.

Dans l’arrêt, le silence,
Et dans le silence,
Rien.

Je suis la pointe de la pensée.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Wednesday, July 25, 2018

D'Henri Clerc (extrait de T-B 69)

Les Lords

Dans la salle du dîner
la Reine d’Angleterre
se munit d'une fourchette
et l'envoie valser
au visage du pondérant
Duc de Toulouse.
Piqué par cet affront,
il se lève couteau en main.
Sept infirmiers les neutralisent,
les ramènent à leur chambre
les sanglent à leur lit.
Pour empêcher la rixe
au sein de l'UMD
il faudra éviter
les semaines à venir
que la Reine et le Duc
ne s'entrevoient.
Décaler les repas,
temporiser les sorties,
resserrer d'un cran
ce qui leur reste
de liberté...

Tuesday, July 17, 2018

Incipits finissants (17)

Nanti de bonnes intentions, j’allai à la rencontre de personnages dont la sagesse m’avait été vantée à travers tout le pays. Le premier était un chasseur qui vivait dans un manoir fort discret. J’entrai et observai avec admiration son intérieur fastueux de couleur peau quand il se mit à parler de toutes ses guerres livrées contre le gibier. La chasse y a que ça de vrai, me dit-il dans un rot de chevreuil à s’en péter la sous-ventrière. Je pensai alors : celui-là me paraît trop imbu de lui-même pour être honnête et j’allai voir ailleurs. Le deuxième était un sage qui vivait dans une cahute en bois avec une guitare à la main. Sur un air de Brassens, il me dit, moi quand je regarde les autres passer, je me fous complètement d’eux. La paix dans l’indifférence, y a que ça de vrai. Je pensai alors, celui là a l’air de n’être parvenu qu’à vivre dans le désert et j’allai voir ailleurs. Le troisième était pétri de religion. Je fus reçu avec dignité par ce brave homme qui, tout de gris vêtu, infusa une chrétienne douceur dans mon esprit tourmenté. Pas de doute. J’entrai dans un autre monde. Mais quand je voulus lui parler de mon quotidien, il me répondit : prions Dieu avec ferveur. Je me rendis compte alors qu’il ne savait plus sortir de sa bulle et j’allai voir ailleurs. Découragé par ces rencontres, j’échouai dans un bar du centre-ville et abordai un quatrième homme. Jamais je n’aurai cru que ce vieillard décati avait quelque chose de plus à me dire que les autres. Il avait beaucoup aimé, beaucoup lu, beaucoup voyagé. Et s’il buvait trop, c’est parce qu’il n’ y avait rien de mieux à faire, qu’il était revenu de tout. Pour la première fois de mon périple, je me sentais en accord avec quelqu’un. Mais plus je le faisais parler, plus il me demandait de l’alcool. Il s’énervait en gueulant qu’il n’y avait aucune vérité qui vaille la peine d’être vécue en ce monde. Comprenant cela, je tournai mes talons, rentrai chez moi et résolus sur le champ de me faire muet. Après tout, j’en avais assez entendu comme ça. P.M.

Monday, July 09, 2018

Le blog d'Emilie Alenda

Je suis tout content d'avoir découvert ce blog frais comme une rose de printemps (ça vient le printemps des roses ?) qui contient les dessins d'Emilie Alenda qui chient bien : spontanéité et... vérité !

Sunday, July 01, 2018

Incipits finissants (73)

Il faut être vraiment cinglé pour parler de choses sérieuses ! Et qui plus est, en public !
Imaginez la scène. Ce mec-là débarqué de je ne sais quelle galère, dans ce restaurant en plein crépuscule, parlait à haute et très intelligible voix des primaires des présidentielles, du terrorisme ambiant, des prises de position de telle ou telle personnalité politique, de l’individualisme des français d'aujourd'hui (tu parles, Charles, on n'a pas envie d'être dérangés dans nos habitudes, nous). Tout du bonhomme déprimant ! À l'écouter, pas une seule chose n'allait.
Bon, il déblatérait aussi sur des histoires de flics et de traversée de frontières difficile. C'est incroyable comme dans les péripéties des fous et des alcooliques (des fous aussi), il peut y avoir plein de bastons, voire de coups de matraques qui s'abattent sur les têtes !
Bizarrement, la frontière n'avait pas eu l'air d'être imperméable pour notre bonimenteur qui avait pu, malgré tout, passer d'Allemagne ou du Luxembourg à la France, avec juste pas mal d'égratignures à l'âme.
Bref, ce mec-là était bon à enfermer.
Sauf qu'en l'espace d'un quart d'heure, je l'entendis parler d'Erich Honecker et de la pièce de théâtre d'Eugène Ionesco, « Le rhinocéros ».
« Vous n'êtes que des rhinocéros ! », clama-t-il pour conclure de façon péremptoire son spectacle gratos, devant nos yeux rassurés par sa sortie de scène.
Cependant, je réfléchissais. Qui, en 2017, connaît encore Erich Honecker et « Le rhinocéros » d'Eugène Ionesco ?
Franchement, pas beaucoup d’âmes. Et d'ailleurs, tout le monde s'en tape. Quand j'observe les personnes sensées et intégrées qui m'entourent, à dire vrai, on n'est pas aussi sinistres et dépréciatifs que ça. On est surtout informés sur le temps qu'il fait dans la semaine, sur les promos chez Lidl, ou bien sur la recette de la tarte Tatin.
Non, mais franchement, on n'a pas idée ! En 2017, il faut être aliéné pour se permettre de développer des théories politiques et de s'occuper d'absurde !
Que Dieu nous préserve de finir aussi mal que de tels personnages négligés, rencontrés au fil des rues, quand on ne file pas assez vite, avec toute cette folie ramassée comme un venin qui ne songe qu'à être craché sur des gens aussi dignes que nous le sommes en toutes circonstances ! 
P.M.

Friday, June 22, 2018

De Vincent Deyveaux (extrait de T-B 44)

bad things

L'histoire je la connais,
du matin au soir fréquentée,
avant que t'arrives, j'étais né,
alors arrête t'es gentil,
bad things, mon bon.

Allons plutôt nous promener,
du vert devant l'immeuble,
comme une vieille vague,
des bouts d'eau oubliés…

***

Je suis sorti…

Je suis sorti la nuit dans la fumée
Je voulais voir le soleil se lever

Mais les bouts d'herbe en falaises
la serviette de bois
les isbas apathiques
menaçaient,
asiatiques

Thursday, June 14, 2018

Traction-brabant 74

Le lieu d'écriture est une question éminemment romantique qui revêt beaucoup d'importance pour celles et ceux... qui n'écrivent pas ! Comme si le lieu devait refléter le caractère extra-ordinaire de ce qui est écrit, s'agissant de fictions (romanesques ou poétiques) : textes constitués de raison, mais surtout d'inventions auxquelles il paraît logique que corresponde un lieu de rêve : paysage de montagne ou de mer, forestier, haut-lieu historique, etc.
Bien entendu, chaque scribouilleur a ses petites manies qui lui permettent d'élire un endroit de prédilection pour y exercer son art.
Ainsi, les exemples sont légion d'écrivains ne pouvant écrire que dans des cafés (le dernier en date, à ma connaissance, est Ismail Kadaré). Cela paraît contradictoire en apparence, car il y fait du bruit, ce qui devrait gêner la concentration. En même temps, ce choix est porteur : on peut parler dans un café. C'est un lieu de vie que l'écrivain capte dans ses textes.
Mais il n'y a pas que les cafés pour inspirer. Je suis aux regrets de vous annoncer que n'importe quel endroit convient, pour peu que l'on ait envie de s'y mettre. Patatras ! Le romantisme de l'inspiration en prend un bon coup dans l'aile. Il n'y a pas de légende, pas de truc.
Écrire, c'est n'importe où, même dans les endroits moches comme c'est pas permis. Et pourquoi ? Parce que l'on n'écrit que ce que l'on a dans sa tête, qui n'a souvent aucun rapport avec ce qui se passe à l'extérieur.
Vous voulez des confidences ? Les poèmes de « Faux partir », je les ai composés dans un appartement situé en plein centre-ville de banlieue, au-dessus des feux qui bordent la Nationale 3 à Livry-Gargan (Seine Saint-Denis). Un endroit plutôt bruyant. Il est vrai que l'ambiance de « Faux partir » tire sur le cauchemar. Quant aux proses que j'ai écrites sur la course à pied (qui se déroulent dans des lieux de nature), il en est à peu près de même. C'était toujours face à un mur, avec comme seule courte vue, le tronçon de la cheminée d'une tuilerie à Nancy. Rien à voir avec la plupart des endroits bucoliques décrits, situés à des kilomètres de là.
Plus que d'espace, j'ai besoin de temps pour me détacher des paysages dont il est question dans mes textes. Peut-être qu'un jour, face à un panorama de rêve, je serais tenté de délirer sur une cheminée d'usine.
L'esprit de contradiction encore et toujours, c'est ça et rien d'autre qui est important pour l'écriture !                                                                    

P.M. 

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins