Monday, December 31, 2018

Incipits finissants (72)

Lutter contre le temps qui passe, c'est un enjeu capital, y compris lorsque l'on n'est pas poète.
À cet égard, je croyais avoir trouvé la bonne combine, profitant d'une opportunité automnale. En effet, comme chaque année, à la fin octobre, nous avions reçu l'ordre de reculer d'une heure nos pendules. Du coup, j'en profitai pour me lever une heure plus tôt afin de parvenir à finir ce que j'avais à faire.
C'est génial, ce changement d'heure. Cela nous permet de jouer avec le temps comme nous le voulons. Par ce biais, nous sommes les seuls maîtres à bord. À cette occasion, je réalisai que les heures n'étaient pas seulement des fuseaux, mais également des jauges de vie comme d'essence, dont l'on pouvait user sans modération.
Hélas, au bout de quelques jours, le temps me rattrapa, et avec lui, son manque. Comme s'il s'agissait d'une drogue prégnante, malgré son invisibilité.
Après avoir hésité quelques instants, je résolus de retarder ma montre, disposant de nouveau d'une heure psychologique de plus pour vaquer à mes occupations. En effet, l'activité professionnelle indépendante que j'exerçais ne m'obligeait pas à vivre, pour l'essentiel, au même rythme que nombre d'humains. Je n'avais pas d'autre obligation que d'effectuer mon travail, et ce, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Au début, cela fonctionna très bien. J'étais toujours en avance sur mon programme. Cependant, il fallait prendre garde à ne pas oublier que l'horloge de mes congénères était une h + 1. Et à cause de cette petite heure de plus où je me devais de rester les yeux ouverts, j'avais l'impression de faire le grand écart.
À peine deux semaines plus tard, ce qui devait m'arriver m'arriva : je m'endormis au beau milieu de l'après-midi, ratant la signature d'un marché important, et me réveillant à une heure qui m'était devenue étrangère. Le temps m'avait une fois de plus érodé. Qu'à cela ne tienne ! Je décidai de reculer mon horloge d'une heure à chaque fois que je me sentais en retard. Au bout d'un moment, je me retrouvai tout seul sur une île déserte, mi-allumée, mi-éteinte, ne sachant plus comment vivaient les autres hommes. Et c'est comme ça qu'un matin, je crus avoir deux minutes d'avance sur le corbillard qui m'embarquait pour le paradis... En fait, c'était juste le bus qui me remmenait au boulot.  
P.M.

Numéro 73 de Traction-brabant


Le numéro 73 de Traction-brabant est vendu 2,40 €.
Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Bon allez ça va j'me casse



Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Le blog de Thierry Roquet alias Moritchum

En vla un blog qu'il est bien, avec des textes et non des listes d'€uros plein la gueule... Et pis des textes qui parlent du quotidien mais pas en disant que c'est la gloire de vivre au ras des pâquerettes et d'être heureux de bien y être dans le caca... Non, c'est pas ça ici, c'est du quotidien brut de décoffrage, pas arrangé, pas aggravé non plus.
Enfoncez vous donc dans le blog de Moritchum alias Thierry Roquet et n'en ressortez plus avant d'en avoir lu toutes les archives...Voilà pour la consolation des dimanches pluvieux !

De Florent Toniello (extrait de T-B 72)

C’est la première fois
depuis qu’on en distribue
aux serviteurs zélés de grade inférieur
que quelqu’un refuse des stock-options
me reproche-t-on dans un bureau climatisé.

Comme si enfant déjà en m’endormant
je rêvais de la richesse abondante
procurée par un cours d’action à la hausse.

Un Iro coi de Patrice VIGUES


Publication dans l'anthologie Parterre verbal n°1 (avec Windows media player)

Le poème suivant fait partie des 20 textes publiés en juin 2009 dans l'anthologie Parterre verbal n°1 publiée en complément de la revue "Pages Insulaires" de Jean-Michel Bongiraud.

Il s'agit, en outre, de l'un des poèmes du recueil intitulé "Débile aux trois quarts" publié par les éditions Gros Textes en 2017.

***

L'enfer c'est la sécurité

Il voulait d’un monde tranquille
Où les enfants pourraient courir
Sur les pifs des crocodiles
ça y est
Le jour du rêve est arrivé
Au milieu des barbelés
Se dresse un jardin en érection
Une mamelle
Un volcan de feu
Avec sa pelouse synthétique
Comme si cela ne suffisait pas
Une rangée de gardes playmobil
Tient dans les crénelures
Est-ce que les enfants sont heureux ?
On ne sait pas d’ici
Mon équipe de farceurs
Les survole en hélicoptère
Car plus loin encore
Jusqu’au bout de l’horizon
Les mangroves ont conquis le territoire
La peau de l’ours a été vendue
A celle des crocodiles et autres varans moites
Pêcheurs de perles

***

A écouter ici (le dernier vers manque mais ce n'est pas un crime de lèse majesté) avec la complicité du site de partage musical Dogmazic (http://www.dogmazic.net/) et plus particulièrement d'un morceau assez sinistre que j'adore de Koji Malone : "Fatal flight".

De Charlotte Ganache (extrait de T-B 16)

Bottina Diplomatica
(International)

à Rita



I have in my head
All angels’ voices

Comme des étincelles
Des rubans, des bobines

C’est le babil des innocents
Sans chair que j’entends

Ah, les bottines invisibles
Ne craignent pas les modes

Adieu, chères
Je vous donnerai des nouvelles
Depuis le Grand Hôtel Miroir
Où je descends

Incidences – indécences
Téléphonie de moeurs
Présence de masse
Absence électrique

I have in my head
All angels’ voices



Appendice :

Connaissez-vous le goût
Aigre-doux
Des myrtilles sauvages ?

Traction-brabant 30-31

Un écrivain c’est un con splendide moi j’vous le dis je veux dire celui qui en fait son métier je vais vous raCONter pourquoi. Obligatoirement, l’écrivain CONvole dans un endroit CONfiné évitant les CONflagrations de l’actualité et toutes ces CONtaminations ne serait-ce que pour CONCevoir en paix de nouveaux CONtes car il faut se grouiller de CONtinuer le CONtrat d’édition dans des CONditions optimales. Alors les CONpains, les CONbats de coq, tout ça lui chauffe les CONduits auditifs CON lui foute la paix et toutes ces clés de CONtact en main qui après font vroum les pots d’échappement des CONplices du bordel ambiant ! L’écrivain se CONtorsionne alors jusqu’à sa fenêtre mais comme c’est un piètre CONbattant il bat en retraite se met en CONvalescence aussitôt. Une fois dehors, l’absence de CONtrastes l’aveugle. Lui le CONdescendant n’y voit que dalle. Au bout d’un instant heureusement il reCONsidère ses choix. Direction les marchés du livre où il peut vendre à loisir ses CONtemptions avec ses CONpagnons d’échappée mais CON ne lui demande pas de monter le stand l’écrivain a vite fait d’avoir des CONtractures dans la colonne. Ne me dites pas le CONtraire. Même si l’écrivain ne cesse de parler au CONditionnel c’est jamais pour les autres mais toujours pour sa pomme de CONquiçadore. Les CONparatifs il n’aime pas ça, étant assez CONstipé dans son humour. Par CONtre, si on le CONplimente, il est tout CONtent mais n’ira pas pour autant jusqu’à CONsentir un rabais CONséquent sur ses œuvres CONplètes. Ses CONtemporains diront donc volontiers de lui : CON le laisse donc crever dans son coin. En l’absence de CONpassion de sa part pas sûr qu’il ait la CONcession perpétuelle. Il sera bien avec ses CONfrères à tenir des CONciliabules sur la CONnerie des gens ordinaires. Alors, j’ai beau me CONcentrer je me demande encore : pourquoi en toute bonne CONscience voulez-vous en être ?
P.M.

Clown 27 : illustration de Henri Cachau

Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr



De Régine Seidel (extrait de T-B 70)

Complainte de l'ouvrier

Sur le bord de mon audace rôde ma native crédulité toujours en brèche d'espérance et j'écris ce que je veux en toute liberté. J'écris pour ne pas crier, j'écris pour ne pas chanter, j'écris pour ne pas pleurer. C'est selon ?

Poids de l'interdit venu de l'enfance jamais perdue. Ainsi on ne m'entend pas, on m'oublie. Est-ce que j'existe ?

Sur le bord de ma vie s'évanouissent comme champignons vénéneux, ou pas, des doigts d'honneur à l'adresse d'improbables imposteurs et je ferme les yeux, serre les poings pour ne pas maudire, pour ne dire mots de tous ces maux dont souffrent tous ceux comme moi et ainsi on m'oublie, on nous nie. Est-ce que vraiment j'existe ?


Et pourtant de mes mains, de nos mains, chaque jour, sortent des produits qui valent or et argent, pour d'autres que moi. Sans moi et mes potes tout cela n'existerait pas ! J'en crève, ils en crèvent, on se consume tandis que les nantis consomment sans savoir, sans vouloir savoir, niant nos peines, la valeur de notre labeur. Pour eux, est-ce que j'existe ?


Un jour, je vais crier, je vais chanter, je vais pleurer. On m'entendra. Avec tous mes potes on fera un tel fracas qu'ils ne comprendront pas. Vite nous serons chassés, réprimés, enfermés. Définitivement, je disparaîtrai, sera remplacé comme pièce de machine à broyer. On aura existé le temps d'une mêlée, le temps d'un entrefilet.


Sans identité, dans la rue, sur les quais, sous les ponts, je mourrai. Aurai-je vraiment 
existé ?

PKD comme Phan Kim Dien

Voilà un bon vieux blog textuel comme je les aime.

Et là, pour le coup, je ne sais pas si c'est de la poésie. En tout cas, chaque texte de Phan Kim Dien est une liste, mais pas forcément une liste de commissions ! Faut-il croire que le coefficient de poésie dépend du coefficient de culture ? Je ne sais pas. Peut-être que oui, peut-être que non. Remarquez aussi les énervements dans les polices de caractères, minuscules ou majuscules. Et tout simplement la place des mots. Rejetés ou mélangés.

PKD, c'est ici.

Des ourses dans le ciel de Cathy Garcia

Et non pas "Des courses dans le ciel", comme j'ai pu l'écrire dans le numéro 35 de T-B : à force de passer mes samedis après-midi au supermarché, c'était forcé que ça m'arrive...Mea culpa donc !

Pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/
http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

De Claire Gauzente (extrait de T-B 73)


Infra

Électrique,
subreptice, anime.
Courant faible affaibli, lentement il
circule,
infra-passe,
faiblissant sans jamais s’éteindre.

Puis, dans l’atténué dénuement, il retrouve
son chant infini et le tient
à pleines mains.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Tuesday, May 01, 2018

De Gabriel Zimmermann (extrait de T-B 73)

Stèle 1

Promets-moi, quand la nuit
Couvrira mes yeux, quand mes mains
Seront racines
De pierre et ma bouche
La double lande
Du silence ; à l’heure
Où je serai - oui, vide
Promets-moi, après m’avoir pleuré,
Lavé, habillé, veillé
Et avant de me descendre en terre,
Promets-moi, par égard pour mon éternité,
De poser sur moi les jouets de mon enfance,
Ces figurines,
Mets-les contre ma tempe,
Qu’elles soient mon bijou pour l’au-delà,
Dans la nuit si proche
Mes bras ne saisiront plus
Mais si quelque chose
Survit, j’en serai de les avoir là, tout près,
Apaisé un peu.

Wednesday, April 25, 2018

Traction-brabant 73

Pas très rapide le gars ! Il m’a fallu attendre le 73ème numéro de « Traction-brabant » et les 13 ans d’existence du poézine pour me demander quelles étaient les raisons qui me poussaient à aimer la poésie.
La question est pourtant essentielle, surtout si l’on consacre, comme moi, à cette passion, deux heures de ses journées.
Tout d’abord, il ne faut pas se fier aux apparences : n’emboîtant pas le pas à tous les fans de langage, j’affirme haut et fort que la poésie ne se résume pas à une suite de signes alignés sur la page ou prononcés dans les airs.
Sinon, si ce n'était que ça, il y a déjà longtemps que je me serais cassé de là pour faire autre chose de plus concret.
Non, si j’aime la poésie, c’est parce qu’elle alimente mon imagination, ce qui me permet de passer par-dessus le réel. Ainsi, par les chemins tortueux de l'inspiration, la voici qui revient me donner des idées originales d’aménagement de l'espace et du temps.
Pourquoi ne pas donner à voir aux autres des choses (objets, comportements) que l'on oublie de montrer en priorité ? Pourquoi ne pas occuper le temps de façon peu ordinaire, plutôt que d'imiter la masse bêlante ?
D’ailleurs, la poésie, j’arrive déjà, au minimum, à la transformer en feuilles assemblées par deux agrafes, voire en petits livres et en rencontres nombreuses, qui provoquent elles-mêmes l'ingestion d'aliments bien réels.
De plus, si je crois en la poésie, c’est parce que ce n’est pas une religion. Je suis libre d’imaginer tout ce que je veux à travers ses mots. Je n'ai aucun Dieu à respecter. Je peux tenter toutes les expérimentations possibles et imaginables dans la suite de mes mots. La poésie, c’est mon jardin secret qui en voit de toutes les couleurs. C’est mieux que la chimie et même que l’alchimie. Il y a peu de chances que je fasse sauter l’immeuble où je vis avec. En plus, ça ne coûte pas cher en matériel, la poésie. Il faut juste disposer d'un stylo et d'un papier, ou au pire, d'une unité centrale et de courant électrique.
C’est plutôt économique ! Cette caractéristique bien réelle devrait donc constituer un argument de vente, en ces temps de réalisme. Nous les poètes, on la pratique depuis toujours, l'austérité !
Bref, la poésie, c’est un gage de liberté. Pas d’obligation de résultats. Pas de coutumes à la gland ou de statistiques à respecter, pas de grand manitou à bénir. Que sa propre tête à opposer aux brumes du quotidien.
Alors, vous préférez encore, après ça, des religions qui ne viennent pas de vous ?

P.M.

Tuesday, April 17, 2018

Realpoetik

Je vous propose de découvrir une revue en ligne dont le ton tranche sur ce qui est publié habituellement.

Il s'agit de Realpoetik, animée par Grégoire Damon et Sammy Sapin.

Comme son nom l'indique, cette publication contient des poèmes réalistes, qui parlent de ce que nous vivons aujourd'hui, si nous vivons sur la même planète que le commun des mortels (un monde urbain, électronique, virtuel mais réel).

Ce que j'aime dans nombre de poèmes, c'est l'automatisme de leur écriture, l'impression qu'un flux d'immédiateté s'écoule.

A lire également pour les éditos en forme de poèmes en vers de Grégoire Damon, qui contiennent des réflexions théoriques (sans vouloir insister trop fort sur ce gros mot) et qui surtout, mettent en doute ce qui peut s'écrire aujourd'hui, ce qui peut être reconnu dans la poésie qui, de toute façon, n'est pas reconnue par beaucoup de monde.

Et si vous pratiquiez la Realpoetik, ça nous changerait un peu non, peut-être qu'on la reconnaîtrait un tout petit mieux la poésie ? (vœu de nouvelle année, non je rigole)

Monday, April 09, 2018

De Bénédicte Montjoie (extrait de T-B 73)

Débusqué des sous-bois de l'oubli
Un désir se dessine

Cloqué sous la kératine du temps
Insolent fardeau
Giflé par la beauté lunaire

Il s'obstine

Chair amie, vibrante et nue.

Sunday, April 01, 2018

Traction-brabant 40

Comme ma femme venait de fêter son anniversaire en invitant ses amis, les gens n’ayant pas hésité à faire le déplacement de toute la région, je décidai de l’imiter pour mon anniversaire, étant atteint d’un chiffre rond que la pudeur m’empêche de vous révéler.
Connaissant nombre d’auteurs dans le coin, je veux dire par là de gens qui écrivent et même d’artistes en tous genres, je trouvai l’initiative originale, d’autant plus que la soirée pourrait être agrémentée d’intéressantes lectures et surtout de rencontres entre personnes non conformistes.
Nous prévîmes donc un repas suivi d’une soirée musicale et dansante, contents de pouvoir renouveler la fête, et envoyâmes promptement les invitations aux dits auteurs artoschtes.
Hélas, très vite, d’insurmontables difficultés apparurent, assorties de questions insondables qui ne nous avaient jamais été posées, ce qui ne manqua pas d’ébranler ma confiance déjà chancelante en l’espèce humaine en général, et en particulier lorsqu’elle se pique de pensées élevées.
A avait paumé l’invitation et me demanda par écrit de lui répéter ce que j’avais écrit plusieurs mois auparavant : je n’eus jamais de ses nouvelles ensuite.
B ne voyait pas où était situé le lieu de notre rencontre et je dus lui servir de GPS, ce qui n’eut pas pour effet de lui faire trouver le chemin.
C serait bien venu s’il n’avait perdu sa troisième grand-mère depuis que nous nous connaissions virtuellement.
D avait des épreuves urgentes à corriger pour la publication de son quatrième livre de l’année.
E avait le mal des transports et ne savait pas conduire. Plus précisément, il tombait en syncope dès qu’il prenait le train. Je me gardai donc de lui demander ce qui lui arriverait s’il prenait l’avion.
F aurait volontiers fait le déplacement jusqu’au moment où il apprit que le repas n’était pas strictement végétarien.
G n’aimait que la musique dodécaphonique de l’école viennoise.
H allait partir en Inde, atteint d’une crise mystique impromptue.
Bref, pour ne pas nous retrouver seuls à seuls avec le DJ, ma femme et moi, nous invitâmes par Internet quelques inconnus, en exigeant d’eux qu’ils n’écrivent pas ni ne se livrent à de quelconques activités artistiques.
Et là, nous fîmes salle comble. L’amitié, n’était-ce pas pourtant se faire plaisir en étant présent pour les autres ?



P.M.

Saturday, March 24, 2018

De Jean-Baptiste Happe (extrait de T-B 73)

Lui c'était un type qui avait plein d'idées
tout le temps
par exemple il voyait une lampe renversée
hop il créait quelque chose avec
quelque chose de mieux
par exemple il comprenait par où passer comment
pour rejoindre un lieu précis
ou convaincre des gens réticents d'adopter un lapin
il disait des fois
« oui mais les gars je fais ça maintenant
pour précisément rien faire ensuite »
bien vu
bien vu
maintenant il fait plus rien
nous non plus
il avait tellement d'idées tout le temps
qu'on se demandait
s'il y avait de la place pour autre chose
hop recadrer une photo ratée
maintenant il n'y a plus la place pour autre chose
que lui
là-dedans
et ses idées
c'est con
et cela dure
cela dure
les idées c'est pratique
mais pas suffisant
autant directement rien faire

Blog Archive

About Me

My photo
Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins